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25/01/12

En dehors de la zone euro, l’économie mondiale se porte bien

bouboules

Avec la reprise aux Etats-Unis et l’avancée progressive des marchés émergents, la situation économique mondiale n’est pas aussi maussade qu’elle en a l’air depuis la zone euro, explique Ronald Doeswijk, stratégiste en chef chez Robeco.

La zone euro ne nous a pas donné beaucoup d’occasions de nous réjouir dernièrement. La crise de la dette souveraine continue à gronder. La situation économique continue de se détériorer. Et les inquiétudes concernant une nouvelle crise du crédit dans le système bancaire de la région s’intensifient.

Mais cette situation déprimante n’est en aucun cas universelle. L’économie américaine se redresse et les marchés émergents, même s’ils ne tournent plus à plein régime, restent relativement solides.

« En raison de la crise de la dette de la zone euro, les Européens ont l’impression que l’économie mondiale va mal, » explique Ronald Doeswijk. « Mais si l’on se place d’un autre point de vue, la situation n’est pas aussi sombre. »

Malgré le glissement de la zone euro vers la récession, 2011 a été une année de croissance économique modérée dans le monde entier. L'économie mondiale poursuit sa croissance modérée, inférieure à la tendance. Ronald Doeswijk remarque que la confiance des producteurs et les ventes de détail sur les marchés émergents indiquent qu'une croissance modérée devrait se poursuivre.

 

Croissance solide en 2012 sur les marchés émergents

Les marchés émergents devraient aussi enregistrer une croissance correcte cette année, de l’ordre de 7 à 8 % en Chine et en Inde. La croissance économique dans ces pays, ainsi qu’au Brésil, a diminué l’an dernier. C’était en fait une bonne nouvelle, étant donnée l’accélération de l’inflation. La menace inflationniste a par conséquent fortement diminué et un certain relâchement de la politique monétaire s'est déjà produit. « Nous prévoyons que le frein économique va se relâcher progressivement » indique Ronald Doeswijk.

Malgré tout, les craintes d’un atterrissage difficile de l’économie chinoise n’ont pas disparu. « Mais cela semble peu probable, » dit-il, en ajoutant que les trois indicateurs privilégiés par le vice-Premier ministre Li Keqiang – la production d’électricité, le fret par voie ferrée et la croissance des crédits intérieurs – indiquent un ralentissement contrôlé.


La crise de la dette dans la zone euro

Ces perspectives d’avancées solides peuvent sembler rassurantes mais, en raison de la crise de la dette dans la zone euro, il n’y a aucune garantie que le scénario prévu, qui consiste à faire au mieux pour s’en sortir, va se poursuivre. Il ne s’agit pas simplement du fait que la crise de la dette a créé des incertitudes qui font que les entreprises sont réticentes à investir et que les consommateurs hésitent à dépenser. Plus inquiétant, elle peut aussi entraîner la zone euro dans une dépression et l’économie mondiale dans une récession.

« La crise de la dette peut toujours faire exploser l’euro» reconnaît Ronald Doeswijk. « Mais il est plus probable que la BCE fera tout son possible pour s’assurer que l’Espagne et l’Italie puissent rembourser leurs dettes à des taux d’intérêt raisonnables. »

Il pense que la BCE agira ainsi car l’effondrement de l’euro, qui pourrait survenir suite à un défaut de paiement espagnol ou italien, entraînerait d'énormes coûts. « Cela signifie que l’euro n’est pas près de disparaître, même s’il est possible que la Grèce ne règle pas ses obligations et quitte la zone euro » ajoute-t-il.

 

L’inflation n’est pas un problème pour 2012

Dans cette atmosphère de fragilité, Ronald Doeswijk pense que les risques inflationnistes en 2012 sont limités, bien que l’inflation globale et l’inflation hors prix volatiles de l’alimentation et de l’énergie aient augmenté.

La situation à moyen terme est différente cependant : les risques inflationnistes demeurent. « Après une crise de la dette, la menace d'une inflation est toujours présente, en raison du très fort desserrement monétaire qui a été mis en place » explique Ronald Doeswijk. « En outre, l’augmentation de la classe moyenne sur les marchés émergents entraîne une hausse de la demande de matières premières. Enfin, le vieillissement de la population risque d’entraîner une inflation des salaires. »

 

Perspectives moroses pour les actions

Comment traduire ce scénario qui consiste à « faire au mieux » – avec une croissance économique modérée et les actions de la BCE pour s’assurer que l’Italie et l’Espagne puissent rembourser leurs dettes à des taux raisonnables – en positionnement d'allocation d'actifs ?

En fin d’année dernière, l'équipe de recherche sur les marchés financiers de Robeco a relevé à neutre son opinion sur les actions, la probabilité de nouvelles baisses n'étant plus supérieure à celle d'un rebond.

Ronald Doeswijk pense que les perspectives pour cette catégorie d’actifs restent sans intérêt. « Nous ne prévoyons pas de résultats solides pour les actions au cours des prochains mois » dit-il. Il pense que les prévisions de bénéfices actuelles sont trop optimistes. Au mieux, il prévoit une faible croissance des bénéfices à un chiffre.

« A ce stade, nous pensons qu’il est peu probable que nous assistions à des surprises positives dans les prochains mois » dit-il. « Par conséquent, en partant d’une valorisation neutre, nous ne prévoyons pas que les actions enregistrent une forte reprise. »

 

Marchés émergents : la région préférée pour les actions

Dans les actions, l’équipe reste positive concernant les marchés émergents, malgré leur résultat décevant en 2011, qu'ils attribuent aux risques inflationnistes et à l'aversion pour le risque. Malgré tout, les risques inflationnistes diminuent et il est possible de desserrer la politique monétaire. En outre, l’aversion pour le risque des investisseurs a certainement atteint son maximum.

Le ralentissement de la croissance sur les marchés émergents en 2011 devrait globalement cesser, même si la Chine risque d'enregistrer encore une légère baisse. « Si l’on examine les fondamentaux, les marchés émergents sont moins chers que les marchés matures et leurs fondamentaux sont relativement sains » explique Ronald Doeswijk.

L'équipe maintient son opinion négative sur les actions européennes. Oui, il est vrai que l’Europe est bon marché par rapport à l’ensemble du marché, mais il est probable que la volatilité liée à la crise de la dette se renforce dans les prochains mois. En outre, la zone euro est en récession, une évolution qui se reflète dans la croissance des bénéfices et les révisions de bénéfices, qui sont faibles par rapport à d’autres régions. »

Ronald Doeswijk explique que l’équipe est aussi négative concernant la région Pacifique. « Le Japon, poids lourd de l’indice, affiche des fondamentaux négatifs à long terme. Il n’y a aucune raison de modifier cette analyse à court terme » indique-t-il.

 

Notre préférence: les secteurs défensifs des actions

Pour l’instant, l’équipe maintient son avis positif sur les secteurs d’actions défensifs par rapport au secteur financier, même si sa conviction n’est plus aussi solide. « Il n’y a pas de fondamentaux solides ni de signal quantitatif qui appelle au changement » observe Ronald Doeswijk. « La crise de la dette n’a pas disparu et la zone euro est tombée dans une récession, tandis que la dynamique et les révisions de bénéfices ne sont plus aussi évidentes. »

 

Position neutre sur l’immobilier

L'équipe reste neutre à propos de l'immobilier. « Les perspectives de l’immobilier ressemblent de près à celles des actions » explique Ronald Doeswijk. « Nous pensons que ces deux catégories d’actifs vont enregistrer des résultats modérés dans notre scénario qui consiste à « faire au mieux ». »

Plusieurs facteurs compromettent des résultats plus solides. Premièrement, le rapport des dettes nettes contre les actifs totaux, même s’il diminue, reste élevé d’un point de vue historique. Deuxièmement, l’accès au financement sera une question importante à court terme. Et troisièmement, il n’y a pas de nette différence entre les actions et l’immobilier du point de vue de la valorisation. Le ratio cours actuel/flux de trésorerie pour l’immobilier est de 1,5 fois celui des actions, ce qui correspond à la moyenne historique.

 

Les obligations d’entreprise

Le mois dernier, l’équipe est devenue plus enthousiaste concernant les perspectives des obligations d’entreprise. « Nous pensons que la position la plus intéressante actuellement consiste à adopter une position longue pour les obligations d’entreprise (investment grade et high yield) par rapport aux obligations d’Etat » explique Ronald Doeswijk.

Qu’est-ce qui se cache derrière cette prévision selon laquelle les obligations d’entreprise vont surperformer les obligations d’Etat dans les prochains mois ? « La faible croissance économique que nous prévoyons devrait être suffisante pour générer des résultats convaincants par rapport aux obligations d’Etat » explique-t-il.

 

Les spreads d’entreprise

La valorisation est attractive également, les spreads des obligations d’entreprise ayant atteint des niveaux typiques d’une récession, qui n’a pourtant rien de sûr. « On peut avancer que les spreads ont trop augmenté, étant donné que les bilans des entreprises sont sains » explique Ronald Doeswijk.

Les entreprises ont en effet énormément de liquidités : les bénéfices ont atteint de nouveaux plus hauts sans précédent et en raison de l’environnement économique fragile, les entreprises hésitent à investir. Ces réserves les préparent mieux à tout nouveau ralentissement ou à une hausse des taux d’intérêt. En bref, il y a une disparité entre les bilans des entreprises et les spreads des obligations d’entreprise.

En même temps, les obligations d’Etat sont fortement surévaluées, remarque Ronald Doeswijk. « Les rendements américains et allemands restent à des plus bas historiques, ce qui génère des rendements réels négatifs » dit-il. Malgré tout, aucune vente massive en catastrophe de titres souverains n’est à prévoir : avec la baisse des risques inflationnistes à court terme, il faudra encore du temps avant que les taux d’intérêt à long terme commencent à se normaliser.

 

Recommandation neutre pour les matières premières

L'équipe conserve sa position neutre sur les matières premières. D’une part, elle prévoit que la tendance haussière à long terme des matières premières, qui a commencé au début du siècle, se poursuive.

D’autre part, quelques facteurs sont moins propices : le ralentissement des économies des marchés émergents, les tensions autour de l’Iran et – le plus important – la crise de la dette dans la zone euro. « Pour l’instant, nous considérons les matières premières comme un pari à haut risque que nous ne souhaitons pas faire à court terme » conclut Ronald Doeswijk.

 

par Ronald Doeswijk

Responsable des stratégistes, Robeco

L’équipe de stratégistes en investissements de Robeco suit quotidiennement les évolutions sur les marchés financiers. Nos recommandations tiennent compte des chiffres macro-économiques comme le taux d’inflation, les taux d’intérêt et la croissance économique ; elles sont également influencées par une analyse technique et des aspects fondamentaux et quantitatifs comme la valorisation et la croissance des bénéfices. Ces recommandations contribuent à obtenir une répartition optimale des actions, des obligations et des espèces, quel que soit le profil d’investissement. Enfin, nous favorisons également les régions et les secteurs qui font partie du portefeuille d’actions.